Des vertus du métissage

- Dominique Simonnet: On dit souvent que la population humaine, à force de mélanges, va produire de plus en plus d'individus métissés, café-au-lait en quelque sorte...

- Jean Clottes: Et c'est une autre idée fausse. L'analogie est trompeuse: on pense qu'en mélangeant du noir et du blanc, on obtient du café-au-lait, une belle teinte intermédiaire. Cela paraît vrai quand on regarde les métis de première génération, qui ont souvent une couleur de peau à mi-chemin entre celle de leurs deux parents. Mais les généticiens le savent bien, la deuxième génération reconstitue généralement les types des grands-parents et recombine généralement des caractères qui étaient dissimulés chez leurs parents.

- A quoi aboutit-on alors ?

- Si l'on veut voir les effets du mélange à long terme, on peut regarder les Brésiliens, qui ont, dans leurs gènes, une faible composante amérindienne, une composante africaine plus forte, et une très forte composante européenne. Ou les habitants des îles de l'océan Indien, où l'on a jadis déporte quantité d'esclaves qui venaient d'Afrique, des Indes ou d'Orient. Et qu'observe-t-on ? Pas du tout un type standard de métis café-au-lait, mais au contraire une très grande diversité des types physiques, avec des mélanges de caractéristiques qui n'existent pas dans les populations d'origine: cheveux crépus blonds, yeux bridés bleus...

- Le métissage n'uniformise donc pas ?

- Au contraire. La thèse qui voudrait que les métis soient intermédiaires, que les types originaux disparaissent pour donner quelque chose d'uniforme, est erronée. On ne mélange pas deux gènes, on ne peut pas en faire la moyenne. Les gènes ne se diluent pas les uns dans les autres, ils s'associent de manière différente à chaque génération, en combinaisons toujours originales. Le mélange augmente la diversité des êtres humains. Il ne la réduit pas.


La plus belle histoire de l'Homme. Seuil, 1998