Froissement de tôle dans l’espace

Publié le par Patrice

Ça y est: pour la première fois dans l’histoire de l’aéronautique, deux satellites sont entrés en collision. Cela devait arriver, disent les spécialistes...
Mais pourquoi une telle certitude? S’il existe des coordinations mondiales sur de nombreux domaines (finance, droit, Internet, l’ISO, l’OMS, pour ceux qui me viennent à l’esprit), pourquoi notre haute atmosphère est-elle exempte de système de régulation? Toute organisation ou firme commerciale peut donc lancer son satellite, en dépit du bon sens, sans vérifier que son orbite n’en croisera jamais une autre? Ça marche pour les avions, et Dieu sait que le trafic est dense, alors pourquoi personne ne collabore au-dessus d’une certaine altitude?

On est définitivement en droit de se poser la question, vu la situation actuelle dans l’espace et les circonstances de l’accident.

Le crash
Pas de constat à l’amiable, pas de bruit (faute d’air à 800 km d’altitude), mais les faits sont là: un satellite de télécommunication américain du système Iridium a bien été détruit par collision avec un satellite militaire russe vétuste (mis en orbite en 1993). Le choc s’est produit au dessus de la Sibérie le 10 février 2009. Quant on connaît la vitesse linéaire des engins qui croisent dans les "hautes sphères", on imagine que le résultat de l’accident entre ces deux véhicules d’un bon quintal chacun, est un nuage de débris et de poussière, à même d’inquiéter d’autres satellites comme le télescope spatial Hubble, orbitant 200 km plus bas.
Espérons que mon prochain post ne parlera pas de la destruction de ce dernier… En tout cas, l’ISS, la station spatiale internationale, à 430 km d’altitude, ne devrait pas être impactée, et c’est heureux, car ses panneaux solaires vont être prochainement remplacés.

Quelques mots sur le système Iridium
Lancé par Motorola en 1998, c'est une sorte de super-GSM qui capte sur toute la surface de la Terre. Dépassé par l’extension du GSM, le système Iridium n’est plus utilisé que pour des applications militaires et maritimes. Sur les 77 satellites prévus initialement (77 étant le numéro atomique de l’élément Iridium), seuls 66 sont actifs, plus quelques engins de rechange.

Les causes de l’accident
Alors qu’une partie des satellites ayant vécu sont volontairement sabordés par décrochage (ils sont précipités vers le sol), d’autres sont laissés sur leurs orbites devenir des épaves. A plus ou moins long terme, ceux-ci finissent par retomber et se consument dans l’atmosphère: les satellites aussi se font incinérer. Pourtant, de telles machines peuvent encore être guidées, alors qu’est-ce qui explique ce couteux couac? Selon toute vraisemblance, c’est un défaut de surveillance, estime Philippe Goudy, responsable du centre spatial de Toulouse:
L'armée américaine et la Nasa ont des moyens radars qui permettent de suivre les satellites et les plus gros débris, supérieurs à 10 cm. Un certain nombre d'agences spatiales, dont le CNES, ont accès aux données américaines et mettent en place une veille pour surveiller qu'il n'y a pas de débris qui se rapprochent dangereusement de leurs satellites.
En effet, il existe à ce jour quelque 2000 objets de plus de 10 cm, qui peuvent être traqués par les radars américains, mais ce n’est pas le cas des débris plus petits.
Jusqu’à présent, seuls des impacts avec des débris de fusées ou d’autres satellites ont été déplorés pour des satellites en exploitation. Cette fois, ce cas de collision entre deux engins entiers, dont l’un des deux était encore en exploitation, va provoquer, espérons-le, un sursaut qui débouchera peut-être sur une plus grande coopération internationale.

Orbital Debris Graphics
Le laisser-aller
Dans l’espace aussi, il y a du pain sur la planche pour les écologistes: si, du sol, on peut observer, soit un ciel bleu azur, soit une nuit d’encre tout juste maculée d’étoiles qui donnent une idée du vide insondable qui nous entoure, autour de la Terre, la réalité est tout autre. Des quantités incalculables de débris volettent et s’entrechoquent à des vitesses prodigieuses (à cause de l’élan de la mise en orbite initiale). Comme expliqué plus haut, seuls les plus gros peuvent être dénombrés, si ce n’est surveillés.
Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, les plus dangereux débris ne sont pas les plus gros. Invisibles et donc indétectables, les plus petits sont en fait considérés comme des micro-météorites: de minuscules fragments de matières diverses, animés d’une grande vitesse relative (plusieurs dizaines de km/s) et qui peuvent traverser, comme des balles tous les matériaux, ou exploser en laissant d’énormes cratères d’impacts.
Ces imprévisibles projectiles peuvent provoquer d’importants dommages à la coque d’un astronef, voire à son contenu (qui ne se rappelle pas la scène de l’astronaute à la main trouée dans Mission to mars? A moins que ce ne soit dans Planète rouge… les aficionados de la S-F me corrigeront).
Et dire que cette terrifiante situation n’est que le résultat de la négligence des autorités de régulation spatiale… Ah, oui, c’est vrai, il n’y en a pas!

Source:
Grégoire Lecalot, avec agences. Première collision entre deux satellites. France Info, 12 février 2009 [consulté le 13 février 2009].


Pour aller plus loin:
NASA Orbital Debris Program Office
Archive des débris spatiaux

Publié dans Espace & astronomie

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Glorfindel 17/03/2009 22:55

Il semble que certaines de vos préoccupations rejoignent certaines des miennes. J'ai parcouru rapidement (vu l'heure tardive) votre "blog-note": il m'intéresse beaucoup et j'y reviendrais; je vais même le mettre dans mes liens préférés. Publiez-vous dans l'une ou l'autre des "communautés" disponibles sur Internet ? A Dieu donc, et a+